**~Welcome to Arkania~**

Salut à tous! Voilà plus d'un an que j'ai commencé à écrire cette histoire, qui reste cependant toujours inachevée...c'est pourquoi j'ai besoin de votre avis, a vous lecteurs, vous qui êtes les seuls capables de juger ! (Bien sûr les seuls commentaires retenus seront ceux de ceux qui ont lu les chapitres ici présents dans leur intégralité, non mais!).
Des ombres mystérieuses, un pouvoir inconnu...Ran se trouve dépassée par tous ces évènements soudains. Parviendra-t-elle à atteindre son but, pourtant encore si flou à ses yeux? Quelles surprises attendent nos amis sur les sentiers escarpés du royaume d'Arkania?

Ceci étant une fanfic, ça reprend des personnages de l'anime-manga Detective Conan.
Allez sur http://akemimi-chan.skyblog.com pour plus d'informations à ce sujet.


# Posté le vendredi 21 septembre 2007 16:19

Modifié le mardi 17 juin 2008 11:28

Chapitre I


Ran ne comprenait rien à ce qui se passait. Elle se trouvait un instant plus tôt dans sa chambre à essayer de trouver le sommeil, la chaleur moite de cette nuit sans étoiles l'empêchant de plonger dans les bras de Morphée.
Et la voilà en train de dévaler les interminables corridors du château, hors d'haleine, après avoir entendu un cri déchirant qui l'avait fait sursauter et enfilé une tunique légère mauve, qui était sa couleur préférée bien qu'elle n'y prêta aucune attention.
Plus elle descendait les escaliers, plus la chaleur se faisait étouffant ; elle en aurait eu l'impression de descendre droit aux enfers.
Puis des bruits lui parvinrent. Des objets qui se brisent. Le crépitement inquiétant des flammes qui semblait la narguer. Mais surtout des cris, des cris parfois longs, parfois brefs, déchirants, qui finissaient par s'éteindre plus ou moins brusquement.
La panique envahit la jeune fille. La sueur coulait sur son front et venait lui piquer les yeux ; ses jambes pourtant frêles et tremblantes redoublèrent de vitesse.
Elle finit enfin par atteindre au gré de bien d'efforts le hall d'entrée du palais.
Et ce qu'elle y vit lui coupa le souffle.

La première chose qui la paralysa fut la vue des corps. Partout. Jetés en vrac , les uns contre les autres, tels de vulgaires sacs éventrés d'où coulait le sang, des pantins inertes en proie aux langues de feu qui les changeaient peu à peu en cendre. Ces mêmes immenses flammes rougeoyantes qui couraient sur le sol tels des serpents animés d'une volonté propre, qui léchaient les murs dont les tapisseries n'étaient plus que poussière, qui détruisaient chaque parcelle de la grande demeure sur leur passage.
C'était véritablement un spectacle digne des Enfers. Jamais de sa courte vie l'adolescente n'avait été témoin d'un tel carnage ; il lui semblait que son corps, ses membres, son cerveau étaient mis sur « pause ».
Une poutre enflammée se détacha soudain du plafond dans un craquement sinistre et s'écrasa sur le sol ; Ran n'avait entendu qu'un sifflement strident dans l'air, mais ses prodigieux réflexes lui avaient permis d'échapper à l'objet enflammé d'une roulade parfaitement exécutée qui lui avait sauvé la vie.
L'adolescente avait à peine compris ce qui venait de se passer qu'elle s'était remise à courir aussi vite que ses forces le lui permettaient. Les rouages de son esprit fonctionnaient à toute vapeur. Que s'était-il passé ? Qui avait tué tous les gardes, pourtant si bien entraînés au combat et ayant défendu les portes du palais pendant des années ? Et, de plus, qui aurait intérêt à s'attaquer à une telle forteresse, et dans quel but ? Ceux qui avaient eu la folie de se lancer dans cette entreprise n'en étaient jamais revenus vivants, aux dires des domestiques.
Elle eut beau se creuser la tête, son père n'avait aucun ennemi particulier, du moins il ne lui en avait pas informée. En cet instant précis, elle aurait aimé pouvoir compter sur sa présence. L'adolescente se sentait perdue. L'image des corps carbonisés étendus sur le sol la poursuivait malgré ses efforts.
Les portes du palais n'étaient plus qu'à quelques mètres. Elle allongea ses enjambées, la chaleur torride dégagée par le brasier ralentissant ses mouvements alourdis.
Les lourdes poignées de métal brûlant s'offrirent à elle. La princesse prit une longue inspiration, rassemblant ce qui lui restait de ses forces, et les tira.
Les portes restèrent immobiles.






Le garçon observait le château avec un mélange de crainte et d'ébahissement peints sur son visage. A la place de la structure autrefois imposante qui trônait au centre de la Capitale se trouvait à présent une torche géante.
Les immenses et majestueuses flammes s'élevaient si haut qu'elles semblaient vouloir atteindre le ciel, brûler les étoiles une par une, roussir le ciel noir encre. De cet incroyable bûcher se dégageait une puissante lumière orangée éclairant à plus de trois kilomètres à la ronde. Cette même lumière qui avait sorti l'adolescent de son sommeil déjà léger.
Puis il se rendit compte que cette dernière s'intensifiait. Sans pour autant bouger d'un mètre, le garçon mit sa main en visière devant ses yeux et admira le phénomène, fasciné, oubliant complètement le danger qui menaçait la ville entière.
Des ruines enflammées du palais jaillirent des rayons de lumière d'une blancheur éblouissante qui balayèrent les ténèbres.
Le jeune homme se retourna et réalisé que tous les curieux avaient fui.
Il était totalement seul lorsque le château explosa.


Ran céda soudain à la panique totale et, hors d'elle, frappa les battants de la lourde porte en bois de toutes ses forces ; un bois auquel on avait jeté un sort d'incombustibilité et qui était aussi neuf que s'il venait d'être taillé.
Seulement la robustesse avec laquelle elle avait été conçue l'empêchait de bouger d'un moindre millimètre et seul le Portier connaissait la formule qui pouvait la laisser s'ouvrir. Ce n'était pas pour rien que l'adolescente surnommait le château « la prison dorée » ; elle n'avait aucun droit d'en sortir sauf pour aller dans les jardins et encore, en la compagnie de serviteurs. Elle maudit de toutes ses forces tout ce qu'elle connaissait, cracha une série de jurons...puis des larmes roulèrent sur ses joues. Des larmes qui s'évaporèrent avant même de toucher le sol en raison de la sécheresse infernale dont toute forme d'eau semblait avoir été bannie. La haine cédait au désespoir.
La princesse suffoqua : elle s'était soudain rendue compte que l'air était complètement irrespirable. Ses jambes ne la soutinrent plus et elle s'affaissa lentement sur le sol brûlant, toussant et crachant, en proie à un état proche de l'asphyxie. Elle ferma les yeux.
Un instant s'écoula. Au fur et à mesure que les minutes défilaient, Ran sombrait dans un comas entre la vie et la mort.
Des pas résonnèrent alors dans la pièce. Secs. Lents.
Des pas sous lesquels craquaient les brindilles et planches carbonisées. Bien qu'inconsciente, l'adolescente sentait que l'inconnu venait dans sa direction. Le sol vibrait légèrement à chaque pied posé. Son c½ur battait de plus en plus lentement et elle craignit, dans un dernier élan de lucidité, de ne plus jamais pouvoir entendre son battement contre sa poitrine.
Elle se demanda même comment pouvait-elle être encore en vie, même si celle-ci ne tarderait à s'éteindre. C'est comme si sa conscience partait lentement de son corps, l'enveloppant dans une sorte de coque invisible qui la maintenait au jour...

La silhouette était à présent penchée sur le corps de la jeune princesse. Elle eut un rictus dévoilant ses dents blanches scintillant à la lumière des flammes, lesquelles semblaient cacher des crocs de féroce prédateur. Un sourire sans joie, malsain.
L'individu secoua alors sa longue chevelure blonde et s'accroupit près du corps inerte de l'adolescente.
Lui empoigna l'avant-bras.

Ran eut alors un sursaut brutal. Elle ouvrit brusquement les yeux ; le souffle lui manquait, son c½ur s'était remis d'un coup à tambouriner contre sa poitrine avec une violence inouïe.
Des images, des flashes défilèrent à ses yeux sans qu'elle ne puisse les arrêter. C'étaient un afflux de lumières et de couleurs tourbillonnantes auxquelles s'ajoutèrent des sons mélangés les uns aux autres, provocant un brouhaha infernal à ses tympans. La douleur fulgurante qui paralysait son bras s'étendit bientôt dans tout ses membres, monta jusqu'au crâne dont elle crut qu'il allait exploser.
L'homme, lui, éclatait d'un rire sardonique, un rire perçant, presque inhumain qui vrilla les oreilles de la jeune fille. Il resserra son emprise, ce qui arracha à Ran un cri de douleur...mais ce qui eut également pour effet de la sortir de sa transe une bonne fois pour toutes. Elle appela au secours, bien que sachant que personne ne lui viendrait en aide, se débattit comme une forcenée, battant vainement des jambes et de son bras pour s'extraire de la pression de l'individu. Les paupières closes, elle rassemblait toute l'énergie qui lui restait en elle pour se dégager. Cela montait en elle comme un flux, un cours d'eau brûlante qui serpentait dans ses veines, de la lave en fusion dans laquelle la haine, la rage et la peur étaient concentrées.
L'étreinte sur son bras se desserra quelque peu. Ce geste encouragea l'adolescente à continuer, à laisser affluer cette puissance en elle jusqu'à son apogée.
La dernière chose qu'elle vit fut un éclair blanc qui aurait pu, si elle n'avait pas les yeux clos, lui brûler la rétine. Puis s'ensuivit l'obscurité.

Ebahi, le garçon se redressa sur un coude ; du palais il ne restait que des ruines fumantes. Le souffle de l'explosion l'avait projeté à une trentaine de mètres du lieu de l'incident mais il ne souffrait d'aucune blessure ; c'est à peine s'il était égratigné aux genoux et au visage, aussi il en déduit qu'il ne s'agissait pas d'une explosion ordinaire.
Il se releva et contempla un instant le paysage dévasté : les maisons les plus proches avaient été en partie détruites. Les arbres, dont le feuillage touffu protégeait autrefois les passants des rayons brûlants du soleil, n'étaient plus que cendre.
Les badauds jusqu'à présent cachés sortaient de leurs caves de part et d'autre de la place. Les plus courageux venaient constater les dégâts causés par le souffle de l'explosion tandis que d'autres se contentaient de pointer craintivement leur nez au-dehors, craignant que cette explosion ne soit que le présage d'un fléau bien pire qui ne tarderait pas à tomber.

Shinichi ne savait que penser. Il restait là, immobile, les bras ballants, témoin ce qu'il restait de sa propre maison. Des tas de pierres, tout au plus. Des murs il ne restait que des amas de brique dessous laquelle sa vie, son passé, ses souvenirs, resteraient piégés à jamais.
Nulle part.
Il n' avait plus nulle part où aller. Il était cependant loin d'être le seul à être dans cet état de désarroi total : la population demeurait en état de choc. Cela le rassurait à peine.
Il faudrait des mois pour réparer les dégâts. Non, même des années. La population devra se serrer les coudes pour récupérer ses biens disparus.
Mais le pire de tout était sans doute la disparition de l'immense forteresse qui se dressait fièrement au centre de la Capitale...autrefois. Personne n'aurait imaginé que cette imposante structure, qui avait repoussé nombre d'attaques et résisté aux agressions du temps depuis des centaines d'années. C'était le symbole même de la robustesse mais également de la beauté ; ceux qui y avaient déjà mis les pieds ne savaient en décrire la richesse et la magnificence tant elles étaient grandes.
Le garçon poussa un soupir. Le genre de palace mythique où il rêverait même d'en voir l'intérieur ne serait-ce qu'une fois dans sa vie...et son rêve d'enfant s'envolait en même temps que sa vie.
Alors qu'il marchait sans but parmi les décombres et les gens désormais privés d'abri déplorant le chaos qui régnait dans la ville, il vit une main dépasser d'un amas de briques.
Une main frêle, pâle, recouverte de poussière.
« Il y a quelqu'un là-dessous ! » pensa-t-il en sentant son c½ur se soulever.
Emporté par l'espoir que cette personne serait toujours en vie, il se jeta à genoux sur l'amoncellement de pierre et de bois et entreprit d'en dégager la personne piégée. Bientôt un bras fut découvert, puis le reste du corps suivit ; il redoubla d'efforts. La sueur collait ses cheveux noirs sur son front humide. Lorsque la dernière pierre fut extraite, le corps enfoui apparut enfin au jour.
Il s'agissait d'une jeune fille, recroquevillée sur elle-même, dont respiration lente soulevait doucement sa poitrine sur laquelle ses mains étaient croisées.
Shinichi se demanda s'il ne s'agissait pas plutôt d'un ange.

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 17 juin 2008 11:29

Chapitre II

Ran ouvrit lentement les yeux : ce qu'elle voyait ne se résumait qu'à une silhouette trouble dans la brume qui troublait sa vue. Elle tenta de se concentrer pour en distinguer davantage de ce qui l'entourait mais sa tête lui tourna et elle clôt aussitôt les paupières.
Cette lutte contre la perte de conscience imminente dura une bonne dizaine de minutes. Elle sentit qu'on lui apposait un tissu humide sur le front.
- Ne bouge pas, lui conseilla une voix proche.
Mais elle parvint à se redresser ; elle trouva appui sur le mur derrière elle. Le brouillard commençait à se dissiper, elle pouvait à peu près y voir clair.
Elle se trouvait dans une maison...où plutôt ce qu'il en restait. Ce n'étaient là que des ruines recouvertes par une lourde pellicule de cendre grise comme le ciel chargé de nuages. Le mur contre lequel reposait son dos était pour ainsi dire un miraculé de cette catastrophe.
Quelqu'un l'observait ; n'ayant pas tout de suite remarqué sa présence, elle sursauta à la vue du garçon accroupi à ses côtés. C'était un adolescent d'à peu près son âge, qui l'observait sans bouger, avec un mélange de curiosité et d'inquiétude dans ses yeux bleus. Ses cheveux bruns en bataille couverts de cendre donnaient l'impression d'être gris.
La jeune fille essaya de bouger mais mal lui en prit car une douleur aigue circula aussitôt dans sa jambe gauche, lui faisant pousser un gémissement. Elle se rendit alors compte qu'elle avait été bandée avec un pansement de fortune fait de morceaux de tissus qui lui compressaient la cheville.
Remarquant son inquiétude, le garçon précisa :
- Ce n'est qu'une petite foulure bénigne. Une journée de repos et ça n'y paraîtra plus.
- Qui es-tu ?
Ran avait parlé d'une voix douce, mais le regard qu'elle lui adressait trahissait sa méfiance.
Déstabilisé par la question soudaine, il marqua un temps avant de répondre.
- Shinichi...Shinichi Kudô. J'ai seize ans.
L'adolescente le considéra avec étonnement.
- Tu es doué en médecine.
- Ce ne sont là que des soins de première urgence, fit-il en rougissant légèrement. Mais,aussi, toi, qui es-tu ?
Ran eut un léger instant d'hésitation.
Etait-ce bien prudent de faire savoir qui elle était ? Et si jamais il était de mèche avec ceux qui avaient mis le feu au château ?
Cependant elle se rasséréna : ce visage ne pouvait pas être celui de quelqu'un de mauvais. C'était tout simplement impossible. Un sens, une voix cachée au fond d'elle le lui soufflait.
Ce n'était qu'un adolescent comme les autres. Elle se surprit à faire preuve d'autant de méfiance, elle qui d'ordinaire aurait tendance à se fier à toute personne de bonne volonté.
Elle inspira.
- Ran Môri. Je suis la fille du Roi.


Shinichi resta pantois. Je dois ressembler à une vraie statue, se disait-il. En effet il demeurait figé comme pierre. Puis il ne sut plus où se mettre et se sentit infiniment gêné. Il avait l'impression de s'être comporté comme un idiot – même s'il savait quelque part qu'il n'en était rien -.
- La...la...Princesse ? bégaya-t-il. Je...tu...vous...enfin...c'est...
Ran esquissa un sourire, ce qui la rendit encore plus belle. Son c½ur affolé battait contre sa poitrine.
- Ce n'est pas parce que je suis la princesse que je vais te manger, pouffa-t-elle , amusée par la confusion du jeune homme.
Il aurait voulu disparaître. Il retrouva toutefois l'usage de la parole, après que sa respiration se soit calmée.
- Alors...vous savez ce qui a fait exploser le palais ? Qu'est-ce qui a causé ce désastre ? Est-ce que le R...
Il n'eut pas le temps de terminer sa question. L'adolescente, qui le regardait avec yeux ronds, bondit.
- Le palais ? Le château, explosé ?! s'écria-t-elle.
- Oui ! Il était en flammes...j'étais allé voir ce qui se passait quand il y a eu une formidable explosion...
- Mais...comment...s'étrangla-t-elle.
Les rouages de son cerveau fonctionnaient à toute allure. Puis, tout lui revint d'un bloc ; l'incendie, les corps carbonisés étendus sur le sol, l'homme aux longs cheveux, et cette douleur atroce dans son avant-bras...elle s'était déjà souvenue de l'incendie quelques instants auparavant mais les images l'avaient frappé avec une telle intensité qu'elle demeurait en état de choc.
Shinichi s'arrêta en voyant son visage ; ses traits s'étaient crispés et son teint avait considérablement pâli. Il en eût dit une statue de marbre.
- Ca ne va pas ? Vous avez l'air...
- Si...si....le coupa-t-elle d'une voix sans conviction.
Puis elle se secoua. Elle planta ses yeux dans les siens et prononça ton sans réplique :
- Emmène-moi là-bas. Il faut que je voie ça de mes propres yeux.

Rien.
Il ne restait absolument rien du palais, sinon un cratère encore fumant au milieu de la place principale de la ville. Si Shinichi ne la soutenait pas, Ran serait probablement tombée sous le choc.
- Plus rien...balbutia-t-elle. C'est comme si le dernier pan de ma vie qu'il me restait venait de s'effondrer.
Surpris par ces paroles, le garçon la regarda sans comprendre.
- Que voulez-vous dire ?
- Epargne-moi tes vouvoiements, s'il te plaît, dit-elle d'une voix agacée. Je n'ai rien actuellement qui puisse me distinguer des autres, tout ça c'est de l'histoire ancienne.
Et puis j'ai toujours détesté ça.
- Bon, d'accord, fit Shinichi, gêné. Que veux-tu dire ?
Elle eut un sourire triste ; son regard se perdit dans le vide, dans le gris des nuages du ciel matinal.
- C'est très longue histoire, et pourtant très courte...souffla-t-elle. Il faut reprendre depuis le départ...


- Donc...tu ne gardes aucun souvenir de ton enfance, conclut le jeune homme.
Ran secoua la tête. Shinichi avait bu chaque parole de son récit sans jamais l'interrompre.
Elle semblait être atteinte d'une amnésie sélective couvrant une période spécifique de sa vie. Ses premiers souvenirs remontaient à l'âge de neuf ans , comme si elle était née à cet instant.
Pendant huit ans elle avait vécu une vie tranquille, une vie normale au château, en la compagnie de ses servantes...jusqu'à l'incident de cette nuit.
- Mais...lorsque cet homme m'a pris le bras, haleta-t-elle, j'ai reçu comme des visions.
- Des visions ?
- Oui, pendant que mon crâne me lançait, juste là (elle désigna de son index une partie du crâne située peu derrière ses tempes). C'était très flou. Tout ce dont je peux me rappeler distinctement sont un grand flash et un cri déchirant. Le reste ne m'apparaissait que comme un tourbillon de couleurs.
Son corps se mit à trembler imperceptiblement.
- Mais quelque chose m'intrigue depuis quelques temps, dit Shinichi. Cela fait des années que le Roi n'a donné signe de vie. Le peuple est inquiet...certaines rumeurs disent qu'il serait mort.
- J'ignore tout autant que vous ce qu'il est advenu de lui, répondit-elle.
- Comment ?!
Le visage de Ran s'assombrit.
- Je ne me souviens que très vaguement de lui. Je l'ai à peine connu. J'ignore quelle sorte d'homme il était, mais quelqu'un qui laisse sa fille seule... A vrai dire, je ne sais pas grand-chose de mes parents. J'ai été élevée par les servantes du château, qui elles non plus ne détenaient aucune information à ce sujet. Ma mère m'a toujours été inconnue, ou aussi loin qu'il m'en souvienne. J'ai l'impression d'avoir été laissée tombée.
Mais...
Elle laissa sa phrase en suspens. Le sentiment de rage qui s'était formé en elle se dissipait. Ses yeux s'embuèrent alors de larmes.
- Mais en fin de compte, où qu'ils puissent être, et même si leur attitude est impardonnable, je suis contente qu'ils ne soient pas là. Ils seraient morts pour de bon. Ils n'auraient pas échappé à cet incendie.
Un long silence s'ensuivit. Aucun d'eux ne proférait un son. Autour d'eux, les habitants s'animaient, s'entraidaient pour réfléchir à la reconstruction de cette partie de la ville.
Dans l'air planait une atmosphère tendue presque palpable. La situation, en effet, était grave ; ce n'était plus qu'un champ de ruines. Cette cité autrefois brillant par ses bâtiments et son architecture si particulière, ses maisons aux tout en longueur d'où l'on pouvait voir a dix lieues en montant sur leur toit. Elle regarda tristement ces gens dont la vie, comme la sienne, se retrouve bouleversée en un instant.
- Et toi, que vas-tu faire ? demanda-t-elle en se tournant vers le garçon. Tu vivais seul ?
- Euh...oui, bafouilla-t-il. Mon père est passionné par les civilisations disparues et voyage beaucoup. Quant à ma mère, elle le suit dans ses expéditions, tout aussi férue de découvertes que lui. Moi, j'ai voulu rester ici pour poursuivre mes études de littérature et de langues mortes. Ils m'écrivent de temps en temps.
(Il jeta un coup d'½il à ce qui restait de sa demeure) Il faudra travailler dur pour remettre ce tas de pierres en état, mais je suis assez débrouillard. Je compte me joindre aux autres travailleurs et participer à la reconstruction du quartier.
Mais, et toi, qu'est-ce que tu vas faire ? Ca va aller ?
Ran resta muette. Avec toutes ces émotions reçues en quelques heures à peine, elle avait complètement négligé l'avenir. Elle ne savait pas. Tout s'était passé si vite, si subitement qu'elle avait l'impression de s'être perdue dans un océan de confusion.
Une chose était sûre : rien ne serait plus jamais comme avant.
Elle ouvrait la bouche pour répondre quand une douleur fulgurante lui traversa soudain l'avant-bras. Elle poussa un cri , se contorsionna. La douleur était telle qu'elle avait l'impression qu'on lui arrachait le bras. Des points noirs dansèrent devant ses yeux.
Shinichi se jeta vivement sur elle et lui remonta sa manche de tunique.
- Qu'est-ce que c'est que ça ?!
Sur l'avant-bras de l'adolescente était comme gravée à même la peau un symbole dont la forme évoquait celle d'une étoile à trois branches. Une sorte de losange biscornu dont les contours brillaient d'une lueur rouge sang.
- C'est juste à l'endroit où cet homme m'avait empoignée ! haleta-t-elle, la respiration saccadée. Mais je n'ai aucune idée de ce que ça peut-être !
- Si seulement mon voisin était encore là...pesta Shinichi en examinant la plaie hors du commun. Lui , il saurait faire quelque chose, j'en suis sûr.
Devant le regard interrogatif de la jeune princesse, le garçon expliqua :
- C'était un vieil ami à mon père, un alchimiste. C'est lui qui avait inculqué a mon père les bases de la médecine et des traitements de premiers secours, qui me l'a ensuite enseigné quand j'étais petit.
Malheureusement, il a déménagé on ne sait où. A vrai dire, il me semble ne l'avoir jamais vu. Je sais juste qu'il était parti vers le nord d'Arkania, près des côtes. Certaines personnes de la capitale le considéraient comme quelqu'un d'un peu dérangé et je suppose il a du en être fatigué.
Il s'arrêta brusquement de parler. Les yeux rivés vers le ciel, une grimace de douleur mais aussi des frayeur marquait le visage de Ran.
Il leur semblait que le ciel s'était considérablement assombri.
Ce n'était pas qu'une impression.
La lumière grisâtre émise par les faibles rayons du soleil qui perçaient à travers les nuages n'était déjà plus que souvenir. La nuit tomba si vite qu'on eût dit une couverture noire jetée sur le monde. Le murmure constant des habitants s'affairant à la reconstruction de leur maison, les oiseaux, le bruissement des arbres...tous se turent soudainement, un silence plombant s'installant à la place.
Une vague de panique s'empara des deux adolescents qui se figèrent, scrutant l'obscurité dans le but de déceler ne serait-ce qu'une parcelle de lumière. En vain.
La nuit surnaturelle formait autour de la ville une prison de ténèbres...
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 17 juin 2008 11:30

Chapitre III

Un sentiment d'oppression taraudait les jeunes gens. Shinichi fouilla frénétiquement le sol à l'aveuglette à la recherche d'une torche, ou de quoi que ce fut permettant d'éclairer la scène, puis se rendit compte de sa bêtise ; même s'il venait à en trouver, il ne pourrait rien en faire.
Ran gémit ; elle avait l'impression qu'on les épiait. Elle resserra son étreinte sur son avant-bras, dont la douleur s'était intensifiée.
C'est alors qu'il y eut un frottement d'ailes.
Tout près.
- Tu as entendu ? murmura-t-elle d'une voix tremblante.
- Ou...oui. Ca ressemblait à...
L'adolescent s'était levé et scrutait les ténèbres, tous ses sens en éveil. Il poussa un juron. Il n'y avait plus rien.
- Attention ! cria Ran.
Shinichi n'eut pas le temps d'émettre un son qu'il s'était violemment écrasé sur le sol.
Quelqu'un, ou quelque chose sorti de nulle part lui avait bondi dessus, l'envoyant rouler au sol d'une pression sur les épaules.
Terrorisée, elle l'appela, mais seul un grognement presque inaudible lui répondit. Elle en déduit que le choc lui avait peut-être fait perdre connaissance. N'ayant rien vu de la scène à cause de l'obscurité, sa peur n'en était que plus grande. Le battement d'ailes se fit plus proche, puis sembla ralentir son rythme. Il n'y eut plus aucun son. L'oiseau devait s'être posé quelque part. Il la voyait ; elle ignorait où il se trouvait. L'adolescente n'osa faire un mouvement de crainte que cela ne lui soit fatal.
C'est alors qu'une voix forte, grave résonna dans son crâne qu'elle prit à deux mains en gémissant de douleur. Mais son bras droit lui brûlait tant qu'elle dut l'abandonner et le laissa pendre, inerte, privé de sa force.
« Dire que c'est une gamine comme toi qui détient la source de notre destruction...les Anciens sont vraiment pitoyables. Cela fait 400 ans que nous attendions... »
Pendant qu'il parlait, une sorte de cercle à la blancheur immaculée était apparue sous le volatile, tranchant les ténèbres. Elle put mieux distinguer à qui elle avait affaire.
C'était un corbeau.
Un corbeau majestueux, aux plumes longues et lisses scintillant sous la lumière glacée émise par le cercle sous ses pattes.
- Que me voulez-vous ? De quoi parlez-vous ? répliqua Ran dans un filet de voix.
Aussi étrange cela fut-il, l'animal sembla émettre une sorte de ricanement. La forme qu'avait prise son bec pouvait prêter à penser qu'il souriait.
- Idiote...crois-tu être en position de jouer l'ignorance ?
Nous ne pouvons nous tromper. Nous le savons depuis toujours. Tu es celle dont parle la Prophétie. Il respire en toi, il vit en toi.
Ce pouvoir que nous avons essayé d'éveiller dès ta plus tendre enfance...il est faible, mais il est bien là. Et cette nuit, il en a dévoilé une partie de sa force. Il a provoqué cette explosion qui a réduit cette ville à néant.
Le cerveau de Ran fonctionnait à cent à l'heure. C'était sa faute ? C'était à cause d'elle que ce désastre avait eu lieu ? Qu'est-ce qui se passerait si cette force venait à prendre tant d'ampleur qu'elle serait incapable de la maîtriser ? Les conséquences en seraient catastrophiques.
Elle se demanda un instant s'il n'essayait pas de l'embrouiller. Mais elle savait au fond d'elle que, même si c'était douloureux a admettre, il y avait de la vérité dans ce qu'il disait.
- Je perçois tes craintes, poursuivit-il. Ne t'inquiète pas, tu n'auras plus à t'en inquiéter longtemps. Lorsque nous t'en aurons débarrassée, tu pourras respirer...
- Jamais !
Sa voix avait claqué d'elle-même, sans même qu'elle n'y pense.
- Je vois clair dans votre jeu, poursuivit-elle, la voix légèrement tremblante mais avec un certain aplomb qu'elle ne se soupçonnait pas. Vous voulez cette force pour un autre motif que celui de soi-disant protéger le royaume de moi. Vous voulez mener le monde à sa perte. Une telle force ne doit pas tomber dans des mains comme les vôtre. Et j'ai confiance en moi.
-. Où que cette force aille, elle n'est que destruction. Tu es beaucoup trop jeune pour assumer une telle responsabilité, rétorqua l'oiseau. Mais si tu ne veux pas la donner de ton plein gré, nous n'aurons qu'à te la reprendre de force. Maintenant qu'il est enfin éveillé, l'heure est venue. Ce ne sera pas douloureux...
Le signal télépathique s'amplifiant, Ran avait l'impression que sa tête allait exploser. Elle se rendit compte que son bras marqué de l'étrange symbole était enveloppé d'une lumière blanche. Aussi blanche que le cercle. Un faisceau lumineux partait du signe au cercle, tandis que ses forces la quittaient progressivement. Ran comprit qu'il était en train d'absorber son énergie. Elle lutta en vain ; la pression du signal télépathique ainsi que la douleur lancinante qui parcourait son avant-bras provoquaient une fatigue lourde avaient eu raison de sa ténacité.
Au loin, elle crut entendre une voix.
Elle ne croyait pas. Elle l'avait vraiment entendu.
- Laisse-la tranquille, toi !
La princesse, la tête lourde, se retourna.
La lumière pâle émise par le volatile dévoilait, à quelques mètres à peine de là, la silhouette de Shinichi.


Campé sur ses jambes, dans une position de défense, il tenait une poignée de pierres dans la main droite ; il en jeta une sur le corbeau et le toucha à la tête. Cela l'avait à peine étourdi et mis plus en colère qu'autre chose, mais c'était suffisant pour rompre sa concentration ; le signal télépathique se coupa brusquement et le faisceau de lumière s'éteignit à ce même instant. Libérée de ces poids, Ran se laissa échouer au sol.
- Imbécile
La voix, rauque, avait résonné dans les ruines avec une tonalité inquiétante.
Nul ne sut alors prévoir le phénomène qui allait se dérouler ensuite.
Le corbeau émit un croassement sonore, qui donna des frissons aux deux adolescents. Shinichi avait reculé d'un pas malgré lui.
Il déploya ses ailes de toute leur envergure, puis fut enveloppé d'une sorte de brouillard gris, opaque, tourbillonnant. Bientôt il fit disparaître entièrement le corps de l'animal. Lorsqu'il se dissipa enfin, ils durent retenir une exclamation.
A la place de l'oiseau se trouvait un homme de grande taille – au moins deux mètres, jugea Shinichi – vêtu d'une ample cape noire que le vent faisait flotter derrière lui.
Ses longs cheveux blonds tombaient en cascade sur ses épaules à la maigreur presque effrayante. Son regard acéré et impénétrable évoquait celui d'un serpent.
Sans un mot, il se retourna lentement vers le garçon, qui déglutit avec difficulté.
Il savait pertinemment que cet individu avait toutes les chances de le transformer en un petit tas de cendre fumant ; il faisait bien une tête et demie de plus que lui.
Ses genoux tremblaient mais il faisait tout pour que cela se voie le moins possible.
« Ne laisse jamais apparaître aucune trace de faiblesse face à un adversaire » se remémora-t-il les paroles de son père. Mais il était pétrifié. Les pierres qu'il tenait dans la main roulèrent au sol dans un bruit sourd.
- On joue les héros, gamin ? dit l'homme d'une voix grave et lourde qui résonna sur les murs des ruines.
Pour toute réponse, Shinichi resta immobile, campé sur ses jambes, donnant l'impression que rien au monde ne le ferait bouger de sa place. Il fixait son ennemi dans les yeux.
Quoi qu'il arrive. Il serait prêt.
Pour Ran.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 17 juin 2008 11:30

Chapitre IV

- Shinichi ! Arrête ! s'écria Ran, qui avait un mauvais pressentiment sur ce qui allait se passer.
L'homme eut un léger haussement d'épaules. Il se contenta de lever la main droite.
Il y eut un instant de flottement, dans lequel aucun n'osait esquisser un mouvement, les yeux rivés sur la paume de leur ennemi.
Puis des éclairs la parcoururent. Un nuage bleu électrique, qui enveloppa sa main, puis se propagea sur le reste de son bras. La lumière prit une teinte de plus en plus blanche, son intensité croissant. Bientôt son membre entier fut recouvert de cette électricité malsaine.
Il exécuta alors une brève rotation du poignet. Si rapide et énergique qu'à peine visible.
L'éclair partit droit dans la direction de Shinichi.

Le sang de Ran n'avait fait qu'un tour. Avec une vitesse prodigieuse, elle s'était accroupie, pris appui sur sa jambe valide, et, d'une puissante impulsion, s'était élancée sur le garçon qui n'eut pas le temps de réaliser ce qui se passait. Tous deux s'écrasèrent au sol, frôlant d'à peine quelques centimètres la foudre surnaturelle qui explosa dans une effroyable détonation accompagnée d'un flash éblouissant.
Le c½ur battant, les deux adolescents se redressèrent lentement. Ils avaient bien conscience d'avoir vu la mort de très près.
Raide comme un piquet, l'homme n'avait pour autant perdu de sa constance. Un sourire carnassier s'était même dessiné sur son visage, creusant ses joues maigres.
- Je dois vous féliciter, Princesse. Echapper à une attaque de cette puissance...
Votre défunte mère aurait été fière de vous.
- Quoi ?
Ran s'était figée. Elle observa l'homme un instant, sans émettre le moindre son, son cerveau fonctionnant à cent à l'heure. Elle ne comprenait plus rien. Un millier d'idées s'entrechoquaient dans son esprit confus. Sa mère l'avait abandonnée dès sa naissance, elle en était convaincue. Alors qu'est-ce que cela signifiait ? Savait-il des choses qu'elle ignorait ? Cette idée lui était insupportable.
- C'est impossible, répondit-elle d'une voix froide comme la glace. Personne ne sait rien de ma mère.
- Ou peut-être que personne ne voulait s'en rappeler...Cette idiote qui a voulu te protéger...
Dommage que vous n'ayiez réussi à l'épargner de son sort à ce moment là. La pauvre...laisser sa vie pour celle d'une gamine...
- Vous mentez ! s'écria-t-elle. Ma mère est vivante, quelque part, j'en suis certaine ! Vous me dites tout ça pour me faire perdre courage ! Tout ça n'est que mensonges !
- Ce sentiment presque palpable...serait-ce là de la colère ?ricana-t-il. J'aurais touché un point sensible dans votre c½ur...de toute manière, me croire ou non, tout cela n'est que votre choix. La vérité vous parlera d'elle-même. Bientôt.
Sous le regard incrédule de Shinichi, Ran s'était redressée de toute sa taille. Ses poings serrés trahissaient la rage qui bouillait dans ses veines. Cette rage qui, concentrée tout au fond de son c½ur, jaillissait par vagues, des vagues qui se transformaient en une énergie presque palpable, électrique, brûlante. Son bras droit n'éprouvait plus la moindre douleur.
Une étrange lumière blanche, tel un halo d'énergie , l'enveloppa.
Elle décolla lentement du sol.

Ebahi, Shinichi assistait à la scène. Ce n'était pas une illusion, le garçon en aurait mis sa main à couper ; bien que cela était à peine perceptible, les pieds de Ran flottaient bien à quelques centimètres du sol. Il s'agissait d'un phénomène de lévitation dont son père lui avait autrefois parlé, mais il ne s'imaginait pas en être témoin un jour.
Puis il réalisa que tout ça n'avait rien de bon.
En effet, leur ennemi souriait toujours. Son sourire sadique s'était même élargi, dévoilant ses dents immaculées. Il y avait anguille sous roche, c'était évident. Ca devait faire partie du plan de ce tordu. Mais dans quel but s'évertuait-il à mettre Ran dans une telle colère ?
Il voulut crier à celle-ci d'arrêter, de ne pas se laisser influencer par ce monstre, mais les mots lui manquaient. Et, intimement, il savait que cela ne servirait à rien.
Puis tout fut envahi par une lumière éblouissante, a la puissance surnaturelle. Il se cacha les yeux de peur qu'elle ne lui brûlât la rétine.
Ran, quant à elle, se trouvait dans une sorte de transe étrange. Le sentiment de rage se dissipait peu à peu, comme de l'eau qui s'évapore, tandis qu'une sorte de bien-être indéfinissable prenait sa place. Elle le ressentait dans chaque fibre de son corps.
Ce phénomène dura quelques instants, tout au plus.
Ou bien des jours.
Elle avait perdu la notion du temps.
Une envie de sommeil intense la pesait. Elle ne pourrait plus résister longtemps.
Inconsciemment, elle se sentit descendre au sol. Lentement. Il lui semblait que la lumière avait décru, malgré ses paupières closes. Sans même y penser, toute étincelle de lucidité s'étant éteinte, elle tendit une main enveloppée d'un halo blanc à Shinichi qui, après une brève hésitation, la saisit.
Il n'y eut aucun bruit.
Aucune parole.
Tous deux avaient disparu.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 17 juin 2008 11:31